RÉCIFS ARTIFICIELS THÉORIE

Introduction


Les premiers récifs artificiels apparaissent au Japon durant le moyen âge. C'était une technique qui permettait de créer des lieux de pêche fixes et productifs, on la qualifie maintenant de méthode d'élevage extensive puisque les japonais l'associent dans certains cas à l'alevinage. C'est de nos jours pour ce pays un véritable programme d'aménagement du littoral avec des intérêts et des investissements réellement importants.
L'exemple du Japon a fait des émules et l'on voit naître depuis le milieu de ce siècle de nombreuses initiatives de plus ou moins grande envergure où apparaît une évolution dans les matériaux utilisés et les buts recherchés.
L'objet de la première partie est, en se basant sur les expériences déjà réalisées et les conclusions qui ont pu en être tirées, de déterminer ce qu'est un récif artificiel et de quelle façon il est possible d'envisager un tel aménagement. C'est donc une étude des matériaux, de l'architecture, des conditions physico-chimiques et biologiques du milieu, ainsi que des raisons qui peuvent pousser à la construction d'un récif artificiel.
Cette recherche nous guidera pour, dans le second volet de ce document, réunir les informations nécessaires qui permettront d'évaluer dans quelle mesure on peut envisager de construire un récif artificiel en côte Basque. Nous serons donc amenés à étudier la topologie des fonds du littoral, les conditions météorologiques maritimes, et le contexte biologique local. Cette étude basée sur de nombreux documents sera corrélée par des rencontres avec les professionnels de la mer. Nous tenterons ensuite de donner une idée de l'impact attendu par la mise en place d'un récif artificiel dans ce contexte tant au niveau biologique que socio-économique.


Historique


Les premiers récifs artificiels ont vu le jour au Japon du moyen âge sous la forme de structures de bambou mis en place par les pêcheurs. Ils connaissaient l'attirance des poissons pour toutes sortes d'objets immergés (épaves, troncs d'arbres, algues flottantes, et évidemment récifs naturels), ces structures leur permettaient d'améliorer leurs pêches. C'est en 1650 toujours au Japon que de véritables récifs artificiels sont réalisés. Plus tard, en 1876, des aménagements du même type sont dédiés spécifiquement à la pêche de la dorade. En 1952, l'état japonais s'investit dans le phénomène et aide au financement de programmes ambitieux. Pour exemple, le IIème plan septennal de 1982-88 représentait une enveloppe de 140 milliards de Yens, soit au cours de l'époque, quelques 5,6 milliards de francs français.
Les matériaux ont évolué, et le béton est le plus utilisé. L'avenir est un "Ranch marin" haute technologie, construit dans le cadre du programme "Marinovation" dans le département d'Oita (île de Kyushu), devant la station expérimentale des pêches de Saeki.
Les autres pays ne sont pas en reste, mais les projets et les réalisations sont bien moins ambitieux. Ainsi, des récifs artificiels ont vu et verront le jour dans de nombreux pays comme en ex-URSS, aux Etats-Unis (années soixante), en Grande Bretagne (1989, Poole Bay), en Italie (années soixante-dix), en France (1969, Palavas), en Espagne (1989, Tabarca), notamment.
Les motivations varient d'un pays à l'autre, comme d'un site à l'autre.
Aux Etats-Unis, les récifs artificiels sont le plus souvent dédiés à la pêche sportive et donc au tourisme.
Les Italiens espèrent développer la conchyliculture pour satisfaire leur marché: ils sont les plus grands consommateurs de moules et peut-être même d'huîtres en Europe.
Pour les habitants de Tabarca, petite île en face d'Alicante en Espagne, c'est la protection d'un champ de posidonies, et par là même de la pêche traditionnelle qui a impulsé le projet de construction d'un récif.
En France, les récifs artificiels sont mis en place par des collectivités locales, des associations ou des organismes de recherche, et chacun y poursuit des buts qui lui sont propres de l'étude scientifique à la protection des lieux de pêche. Mais les réalisations suivies durablement sont rares.


1. Définitions


SATO(1984) :
Un récif artificiel est un "objet installé dans un endroit donné sur le fond de la mer, depuis un certain temps, utilisant la faculté des poissons à se rassembler, à certaines heures."
DUCLERC & DUVAL(1986) :
"Le terme de récif artificiel regroupe l'ensemble des opérations d'aménagement physique des fonds marins littoraux, par la mise en place de substrats durs d'origines diverses telles que blocs rocheux, déchets industriels divers, ensembles spécialement manufacturés, etc.."
LAMARE & SIRE (1986) :
"Les récifs artificiels sont des ensembles solides, d'architecture appropriée et de volume important immergés sur le sédiment de zones privilégiées choisies à l'avance, avec pour effet d'augmenter leur productivité biologique."


2. Fonctions


2.1. Pour le vivant.


La mise en place d'un récif artificiel revient à créer un nouvel écosystème qui sera colonisé par des organismes qui n'étaient pas présents sur le site.
2.1.1. Nutrition.
L'immersion d'un substrat dur en milieu aquatique s'accompagne de sa colonisation par une grande quantité d'organismes benthiques sessiles végétaux et animaux qui vont constituer la production primaire du récif. La faune est surtout représentée par des organismes filtreurs (bivalves tels les moules ou les huîtres, éponges, etc.) qui trouvent leur subsistance dans les particules en suspension dans le milieu (plancton, déchets organiques, sels minéraux). Cette couverture est consommée par certains poissons qui en général vivent en étroite relation avec le récif. Ceux-ci servant de proies à d'autres poissons le plus souvent pélagiques et sans relation particulière avec le récif.
2.1.2. Protection.
Les espèces proies peuvent trouver à se cacher dans les nombreuses anfractuosités que présente un récif artificiel. Comme cela peut être observé in situ, ces poissons à la moindre alerte pénètrent le récif ou se cachent dans les herbiers, en tous cas un endroit qui leur semble sûr pour éviter toute attaque d'un poisson de taille supérieure à la sienne.
2.1.3. Aire de ponte et nurseries.
Les récifs naturels sont le lieu de ponte de nombreuses espèces. Cette ponte s'effectue le plus souvent dans les herbiers des récifs se trouvant à faible profondeur. On peut espérer, bien que la preuve n'en ait pas été faite, que cette ponte a lieu aussi sur les récifs artificiels. L'observation de juvéniles n'est pas une confirmation, mais constitue un début de preuve sérieuse (SATO, 1984). Si ce n'est pas un lieu de ponte, on peut au moins parler ici de nurseries, car au Japon, des dorades produites en écloseries sont relâchées en eau libre à proximité de récifs artificiels prévus pour les accueillir jusqu'à l'âge adulte (SIMARD, 1985). Des récifs guides les mènent vers le récif d'exploitation où la pêche doit avoir lieu, mais les problèmes de marquage ne permettent pas encore de connaître la véritable destination de ces poissons et donc de savoir s'il y a un réel bénéfice dans cette action.


2.2. Pour la pêche.


2.2.1. Création de territoires de pêche.
Ce type d'aménagement est généralement destiné augmenter la productivité en biomasse d'un site pauvre, et donc de rendre ce site propre à la pêche, on peut alors parler de création.
L'alimentation au Japon fait une large part aux produits de la mer, d'où l'importance capitale du secteur pêche pour cette nation. La création des zones exclusives économiques (Z.E.E.) a réduit de beaucoup leurs territoires de pêche, ceux-ci passant sous le contrôle des états soviétiques ou des américains.
Le rôle alors joué par les récifs artificiels est l'aménagement de nouveaux territoires de pêche situés dans des eaux qu'ils contrôlent pour palier à cette perte.
2.2.2. Protection de territoires de pêche existants.
Les chaluts de fond et pélagique sont interdits dans la zone dite des 3 milles (bande de 3 milles qui longe la côte) du fait de la fragilité de cet écosystème qui ne peut supporter une trop grande exploitation et héberge de nombreux juvéniles. Mais cette règle est parfois transgressée. Un récif artificiel représente un obstacle suffisamment dissuasif pour interdire la zone aux chalutiers qui risqueraient d'y casser leur matériel.
Le rôle de protection que peuvent jouer les récifs artificiels entraîne actuellement une demande croissante de la part des professionnels en Méditerranée (communication personnelle avec M. J.G. HARMELIN).
A cette fin, et parce que les récifs artificiels ne sont pas toujours à même de supporter les chocs répétés avec un chalut de fond, des dispositifs appelés "searocks" ont été mis au point qui eux sont, on l'espère aptes à arrêter un chalut en action de pêche (MOUTON, 1990).


3. Construction


3.1. Matériaux.


Matériau Avantages Inconvénients Commentaires
Le bois Facile à travailler (mise en forme, transport, etc.).
Bonne résistance mécanique.
Rapidement dégradé par les organismes ligniphages. Il existe pourtant des essences résistantes, mais ce sont des bois tropicaux d'un coût très élevé .

La pierre Bon substrat de fixation.
Bonne résistance mécanique et chimique aux conditions marines.
Faibles possibilités architecturales.
Manipulations peu aisées.

Les pneumatiques Disponibilité et faible coût.
Durabilité supérieure à 40 ans en milieu marin.
Faible densité (1~1,2; SATO, 1984) imposant le lestage sans assurance de tenue du récif ainsi réalisé.
Problèmes de fixation sur la bande de roulement et sur les pneus en gommes synthétiques.
Les pneus de tracteur contiennent des gommes naturelles qui semblent favoriser leur colonisation par les organismes sessiles.
Les bandes de roulement qui comprennent encore des dessins piègent des sédiments qui s'avèrent alors un mauvais substrat de fixation.
Carcasses de véhicules et épaves d'engins de toutes sortes (Tracteurs, bateaux, péniches, plates-formes de forage, etc.). Faible coût et disponibilité.
Bonne solution de recyclage.
Durée de vie en milieu marin très limitée (2 à 3 ans pour une voiture selon CORNET, 1975).
Ces objets doivent être débarrassé de tout polluant avant immersion.
Les parties peintes sont dans un premier temps recouvertes d'organismes sessiles, puis l'oxydation les font se détacher en lambeaux, laissant a nu une surface oxydée impropre à une quelconque fixation.
Le béton Bonne surface pour la fixation d'organismes sessiles.
Larges possibilités d'architecture.
Solide et durable (plus de 30 ans, SATO, 1984).
Non polluant.
Coût élevé.

Les plastiques Bonne résistance aux conditions marines.
Grandes possibilités architecturales.
Coût en général élevé (résines et composites).
Densité assez faible nécessitant le lestage.
Son utilisation se limite souvent à la réalisation de dispositifs mobiles pour la conchyliculture, ou à l'assemblage de modules d'un autre matériau.
Les métaux Bonnes qualités mécaniques.
Plasticité intéressante.
L'oxydation est le problème majeur rencontré, et si une plaque d'acier de 3 mm d'épaisseur a une durée de vie de 20 ans en milieu marin (SATO, 1984), qu'en est-il des soudures et des boulons?
L'électrodéposition semble une bonne solution, c'est le concrétionnement d'aragonite et de brucite sur des objets métalliques par électrolyse de l'eau (HILBERTZ, 1995).
Au Japon, les métaux sont parfois protégés par du béton (Cf. projet de "Ranch marin" d'Oita).
Les déchets industriels
des centrales thermiques au charbon (Grande Bretagne).(COLLINS, 1990). Disponibles à faible coût. Cela représente une solution de recyclage.
Mêmes avantages que le béton.
Il faut être sûr de la méthode de stabilisation pour éviter toute pollution par relargage de métaux lourds. Une part non négligeable de ces déchets considérés comme impropres à l'utilisation dans le bâtiment est actuellement rejetée en mer causant de graves préjudices au milieu marin.
Tableau 1 : Les matériaux de construction couramment utilisés.


3.2. L'architecture.


3.2.1. Attraction.
Les poissons pélagiques se concentrent souvent autour d'épaves diverses, de troncs d'arbres, de grands cétacés, et autres amas flottants.
Sans pour autant y donner d'explication, cette observation a mené à la création de dispositifs artificiels capables d'induire ce même comportement, comme les dispositifs de concentration de poissons, ou "DCP" (BIAIS & TAQUET, 1988), et les "Fish Aggregation Devices", ou "FAD" (ROUNTREE, 1990).
Le repérage par les poissons de ces structures, quelles soient des DCP, des récifs naturels ou artificiels, donc des structures solides immergées, peut avoir plusieurs origines qui sont liées aux capacités sensorielles des poissons. Et l'on peut rapporter ici l'avis de plusieurs spécialistes qui se sont penchés sur la question.
Les raisons de l'attraction:
Pour SATO (1984) :
La perception du récif est une impression synthétique de tous les sens, et si un on peut dégager un stimulus dominant, il n'est pas généralisable à toutes les espèces de poissons. La valeur de ce stimulus varie aussi en fonction de conditions particulières, comme la faim, le jour ou la nuit.
Pour BREDER et NIGRELLI (1983) :
"Désir de certains poissons d'être proches de corps solides." On parle aussi de thigmotropisme, mais cela limite la perception au touché. D'autres raisons ont pu être avancées qui était trop anthropomorphiques pour constituer une véritable explication.
Sens Stimuli
Ouïe (sons et vibrations) :
Ligne latérale: de quelques Hz à 120Hz.
Oreille interne: de 100 Hz à 6000 Hz.
Perturbations hydrodynamiques (de quelques Hz à 10 Hz)
Sons produits par les organismes fixés.

Odorat et goût Odeur diffusée par les organismes fixés comme par leurs déchets.
Vision Couleur du récif, et contrastes.
Tableau 2 : Stimuli envisageables en fonction des sens.
Une meilleure connaissance des raisons de cette attraction pourra permettre une conception plus réfléchie des récifs afin d'obtenir une plus grande efficacité.
Dans cette perspective, on peut détacher au moins deux grands types de comportements. Ainsi, les poissons pélagiques sont sensibles à la hauteur du récif (SATO, 1984). Les poissons benthiques eux s'accommodent plutôt de récifs à la structure complexe (ODY & HARMELIN, 1994), et ne font aucun cas de la hauteur de celui-ci, futil complètement au ras du sol.
SATO (1984) crée la notion de récifalité qui exprime le degré d'attraction des poissons pour les récifs artificiels (fort, moyen, faible). Il établit une liste d'espèces en fonction de cette récifalité, celle-ci comprend des espèces que l'on ne retrouve pas dans nos eaux, mais les mêmes familles sont représentées. Cette récifalité n'est pas strictement en corrélation avec les notions d'espèces pélagiques, démersales ou benthiques. Ainsi le Congre (Conger conger) est un poisson démersal à forte récifalité, alors que le Merlu (Merlucius merlucius) qui est aussi un poisson démersal n'a qu'une récifalité moyenne voir faible lorsque l'on s'intéresse aux juvéniles.
3.2.2. Fixation et nutrition.
La faune et la flore sessiles ont en général un cycle présentant un stade libre sous la forme de larves planctoniques ou de spores. C'est ainsi qu'ils peuvent coloniser de nouveaux sites tels les récifs artificiels. L'état de surface et la nature du substrat du récif conditionnent sa capacité de fixation. Mais les conditions d'érosion dues aux courants conditionnent eux la distribution de la couverture qui en résulte. La colonisation en organismes fixés sera favorisée dans les zones de calme ("ombres hydrodynamiques").
Cette faune et cette flore fixées constituent le premier maillon d'un réseau trophique, c'est la production primaire du récif.
Il n'existe pas un type de réseau trophique marin, mais une multitude qui correspond aux différentes conditions que l'on peut rencontrer suivant la latitude, la bathymétrie locale, les conditions particulières de courants chauds ou froids, etc..
3.2.3. Protection et aire de ponte.
La construction modulaire en béton telle qu'elle est le plus souvent réalisée dans les aménagements modernes permet d'adapter l'architecture au comportement des peuplements que l'on espère fixer ou créer. Ainsi on peut obtenir des cavités de dimension et de géométrie adaptées pour une espèce par l'observation du comportement dans le milieu naturel, que ce soit dans le but de la protection ou celle de la création de lieux de ponte.


3.3. Choix du site.


3.3.1. Contexte biologique.
Le but d'un récif artificiel peut être de créer une nouvelle biomasse, ou de la restaurer quand elle a subi une surexploitation.
A Tabarca (Alicante, Espagne) on a vu les récifs artificiels comme un moyen de protéger un écosystème. Dans ce cas précis, la réserve naturelle crée en 1982 abrite un herbier de posidonies qui est l'espèce la plus représentative de l'écosystème littoral méditerranéen. En 1989, la création du récif a permis de protéger le site des incursions prohibées de chalutiers (RAMOS-ESPLA & BAYLE-SEMPERE, 1988).
Les zones d'eutrophisation peuvent être favorables à la colonisation par des organismes filtreurs. Ce fait a paru suffisamment intéressant en Italie pour des tentatives de développement de la conchyliculture (FABI & FIORENTINI, 1989). L'eutrophisation en milieu littoral se rencontre dans les zones alimentées en eaux continentales qui sont le principal apport en nutriments et sels minéraux du milieu marin.
3.3.2. Contexte physique.
Vagues et courants.
Ils sont générés par de nombreux facteurs: pesanteur, mouvements de la croûte terrestre, vents, marées. Ce sont des facteurs importants d'érosion pour la couverture des récifs. Ils peuvent aussi déstabiliser le récif entier.
Mais les flux de matière qu'ils induisent sont aussi nécessaires à la vie du récif, c'est le mode principal d'échange de matière, bien que le mode biologique ait son importance. Ils apportent les sels minéraux et éléments nutritifs utilisés par les algues et les organismes filtreurs, et renouvellent l'oxygène. Ils évacuent les déchets.
Géomorphologie.
Profondeur.
La profondeur d'immersion détermine la nature du peuplement et la vitesse de colonisation. En effet, il existe une limite inférieure en deçà de laquelle les algues ne reçoivent plus suffisamment de lumière pour se développer, c'est la limite de la zone euphotique. Elle est due à l'absorption par l'eau du rayonnement lumineux.
La vitesse et la puissance du courant diminuent avec la profondeur, l'érosion est alors plus faible, accélérant le processus de colonisation.
La nature du fond.
Le fond est en général sableux ou sablo-vaseux, puisque c'est le cas général des sites pauvres. On est alors confronté à plusieurs problèmes dont:
L'affouillement.
Les courants forment un tourbillon en amont de l'obstacle qu'est le récif, creusant le substrat sur lequel il est posé. Cela peut aller jusqu'à une déstabilisation de la structure qui tombe alors dans ce trou et la répétition du phénomène entraîne sa disparition.
L'ensablement.
Le substrat peut se trouver être tellement meuble que les structures s'enfoncent, ou les dépôts de sédiments sont suffisamment importants pour ensevelir le récif.
Mais des fonds rocheux, voire des récifs naturels peuvent faire l'objet d'un aménagement par des récifs artificiels. Se pose alors le problème de l'évaluation des résultats. Les récifs artificiels n'ont toujours pas fait l'objet de bilans économiques, et n'ont pas encore prouvé par des chiffres leur efficacité. Que dire alors de ce type d'installation.
Pourtant dans certains cas, le fond, bien que rocheux est plat et sans aspérités, n'offrant pas d'abris pour la faune. Les japonais face à cette situation ont parfois utilisé une technique d'excavation à l'explosif afin de créer ces abris (THIERRY, 1989).

La topologie.
La zone à aménager doit être en pente douce, et la carte bathymétrique ne doit pas montrer des lignes de niveau qui se referment sur elles-mêmes.
Qualité de l'eau.
Normes de qualité (Japon, 1965)
Utilisation pH DCO O2 Bactéries fécales Huiles/ produits chimiques artificiels.
A-Production marine de rang A
(pour l'alimentation humaine), eau de baignade. 7,8 à 8,3 <2 ppm >7,5 ppm <1000 MPN/100ml néant
B-Production marine de rang B
(pour l'alimentation animale),
eau d'utilisation industrielle. idem <3 ppm >5 ppm _ idem
Tableau 3 : Normes de qualité de l'eau pour un environnement vivant (SATO, 1984).
Ces normes datent de 1965, mais il n'en existe toujours de telles en France, les piscicultures marines n'ont d'imposé que la qualité des eaux de rejet, mais à terme, une qualité des eaux de culture sera peut-être définie, comme pour l'ostréiculture.

Les mesures réalisables sur la qualité de l'eau sont:
Mesure Physico-chimiques Pollution Bactériologie Richesse planctonique
Variable pH
Conductivité
Salinité
Turbidité
O2 dissous
CO2 dissous
Température
Chimique
Macroscopique
Coliformes
Streptocoques fécaux
Zooplancton
Phytoplancton

Tableau 4 : mesures pour une caractérisation des eaux d'élevage. Ces mesures sont dés à présent réalisées pour définir la qualité des eaux de baignade, reste à les appliquer sur les lieux d'élevage et définir des normes pour la production.



3.4. Stratégie socio-économique.


L'expérience du récif artificiel du Porto à Mimizan (40) nous montre les difficultés liées à l'absence d'un port à proximité du site. Les membres de l'ADREMCA (Association pour la défense, la recherche et les études marines de la côte Aquitaine) voient leurs actions limitées par les conditions météorologiques qui empêchent parfois la mise à l'eau des engins que ce soit pour les plongées d'observation ou l'immersion de nouveaux éléments du récif.
La proximité d'un port (quelques dizaines de milles) est donc un paramètre important dans le choix du site de construction d'un récif. Que ce soit pour la construction du récif, son suivi par les scientifiques ou les clubs de plongée, ou son exploitation par les pêcheurs, la distance relativement à un port doit être réduite afin d'abaisser les coûts de déplacement.
Les pêcheurs ont parfois de grandes distances à parcourir pour se rendre sur les lieux de pêche les plus intéressants. Par la construction d'un récif artificiel on a l'espoir de leur fournir un site suffisamment productif leur assurant des apports intéressants avec un effort de pêche réduit, c'est à dire des coûts de production faibles.
Le suivi scientifique doit être le plus soutenu possible pour que des résultats rapides soient obtenus dans ce domaine encore très marginal des sciences de la mer. On peut imaginer qu'une équipe soit affectée à l'observation du récif, mais pour que le suivi puisse être réalisé sur une longue période (quelques années), il est nécessaire que les campagnes puissent être réalisées en tranches journalières comprenant l'acheminement au site et les plongées. Les membres de clubs de plongée peuvent être formés afin d'assurer un complément aux observations des scientifiques (comptages, observations générales, etc.), (HALUSKY et al., 1994), et c'est dans ces mêmes conditions que fonctionnement ces clubs, il n'est pas souvent question pour eux de partir en mer pour plus d'une journée, car ils ne possèdent pas le matériel nécessaire à ce type d'aventure (unité de gonflage embarqué, matériel de sécurité suffisant, etc.).


3.5. Législation.


La création d'un récif artificiel débute par un acte juridique définissant les conditions d'immersion ainsi que les buts de tels aménagements : "Autorisation d'exploitation de cultures marines par concession sur le domaine public".
Cette demande est déposée auprès du secrétariat d'état chargé de la mer par l'intermédiaire des Affaires Maritimes. Cet arrêté d'autorisation d'exploitation fait référence à l'article 2 du décret N° 83-228 du 22 Mars 1983.



4. Quelques chiffres


Les coûts d'immersion de modules varient de 225 à 1250 francs le m3 (CHARBONNEL, 1995). Il s'agit ici de modules préfabriqués en béton. Les coûts les plus faibles observés les sont pour les projets les plus ambitieux où les prix peuvent être plus aisément discutés avec les constructeurs vu l'importance du marché alors proposé.
Un récif naturel est un édifice à l'échelle géologique (roche), ou biologique (corail), on ne peut donc pas rivaliser sur le plan de la taille avec ces constructions de la nature. Mais les récifs naturels sont aussi des volumes pleins ne comportant que quelques trous et failles, à l'inverse des récifs naturels qui jouent le plus possible sur des vides internes où circule l'eau et sont donc capables d'accueillir une grande quantité de poissons. Cette différence donne un avantage non négligeable aux récifs artificiels quand on parle de productivité spécifique (par unité de volume de récif) (SATO, 1984).
Au Japon le produit de la pêche aux abords de récifs artificiels oscille entre 9 et 20 kg/m3/an de poisson, soit une capacité supérieure au milieu naturel (BORDES-SUE, 1983).
L'observation en plongée de 3 sites aménagés près de Carry-le-Rouet montre des densités de poissons de 0.39 à 0.50 individus/m2, mais des valeurs plus proches sont obtenues si on les rapporte au volume de récif immergé (2.55 à 2.62 individus/m3). Les observations sur ces sites avant aménagement donnaient des densités de 0.05 à 0.09 individus/m2, ce qui montre l'avantage des récifs artificiels dans ce cas précis (BREGLIANO & ODY, 1986). Ici, les observations en conditions de plongée nécessitaient le comptage de quelques espèces facilement observables, les chiffres obtenus sont donc sous-évalués, mais l'avantage est de ne pas détruire la population observée.
Une autre méthode de mesure est la pêche. Cette méthode à été utilisée sur des récifs artificiels en Adriatique nous informe sur la structure de la population et les espèces avantagées. Outre le fait que les prises sont significativement supérieures sur les récifs artificiels, elles montrent une plus grande part de captures d'espèces démersales et benthiques à haute valeur marchande (BOMBACE et al., 1994). Un nouvel avantage apparaît ici qui est l'augmentation en valeur des apports pour une même quantité pêchée.
L'IFREMER considérant la non-rentabilité des récifs artificiels à abandonné toute étude les concernant, mais pour d'autres, cet aspect est dépassé par les avantages qu'ils y voient, il n'est pas pour eux nécessaire qu'un récif artificiel soit rentable pour qu'il ait des raisons d'exister (Communication personnelle avec M. J.G. HARMELIN).



5. Écologie


5.1. Colonisation


Toute surface vierge immergée, de consistance solide, est dans une première étape recouverte par des bactéries. Bien que peu visible, ce phénomène n'est pas simple, car plusieurs populations de ces bactéries s'y succèdent (CECCALDI, 1988).
Les étapes suivantes concernent le macro-benthos, mais on ne peut que citer des exemples d'observation qui ne valent pas pour modèle, car il existe autant de schémas de colonisation que d'écosystèmes marins.
La colonisation des structures artificielles immergées dans la réserve sous-marine de Monaco (BALDUZZI et al., 1987).
Relevés sur deux récifs, l'un à -8 m, et l'autre à -30 m.
Récif à -8m :
La plupart des peuplements sont constitués par des algues favorisées par une forte illumination. Un an après l'immersion de la structure on observe de nombreuses espèces pionnières, avec beaucoup d'exemplaires de petites dimensions. L'année suivante le peuplement est dominé par "Codium" une algue verte qui est présente avec de nombreux exemplaires; on observe aussi l'apparition des algues calcaires qui par leur consistance, modifient plus radicalement le substrat. D'autres organismes comme les hydraires, se fixent sur les végétaux, en faisant naître une stratification des peuplements. Graduellement, dans les années suivantes, la dominance de "Codium" tend à diminuer, et d'autres espèces, surtout des algues rouges, contribuent à la caractérisation de la communauté.
Récif à -30 m :
On observe le même type d'évolution avec d'autres espèces caractéristiques et surtout une composante animale bien plus marquée du fait de la plus faible luminosité à cette profondeur. Le cas de récifs artificiels à Fregene, Italie (ARDIZZONE et al., 1989). 135 espèces d'invertébrés benthiques ont été collectées, mais pas de macro-algues.
Espèces Nombre
Polychètes 63
mollusques 20
Crustacés 17
Coelentérés 16
Tableau 5 : Espèces colonisatrices.
Un film de diatomées brunes couvrait le substrat dans la phase initiale de la colonisation.
Les 5 années d'investigation montrent une série de changements biotiques sans jamais atteindre une composition stable.
Phases pour la colonisation:
"L'installation des pionniers" (6 mois).
Les espèces caractéristiques de cette première phase sont les diatomées, les hydroïdes et les moules. C'est donc l'installation de populations d'organismes filtreurs.
"Phase de dominance des moules" (2 ans).
On observe alors une population épibionte sur les valves de moules.
"Période de régression".
Période durant laquelle le substrat s'altère. Le changement biotique le plus évident est la progressive disparition des moules et l'augmentation de la biodiversité.
Dans cette étude, du fait de la turbidité du site, il n'a pas été observé de macro-algues.


5.2. Réseau trophique


La biomasse des récifs artificiels va se constituer à partir du gaz carbonique et des sels minéraux, comme les nitrates et les phosphates dissous dans l'eau de mer où ils baignent.
En effet, ce sont ces sels qui vont être à la base du réseau trophique, ils vont permettre l'existence et la croissance des végétaux benthiques et planctoniques.
Si ces sels minéraux ne sont pas utilisés au niveau du récif artificiel, ils sont entraînés au large et servent à la production planctonique éloignée des rivages, non utilisable par l'homme ni immédiatement, ni directement.
Construire un récif artificiel revient donc à mettre en place des structures solides sur lesquelles viendront se fixer des organismes vivants filtreurs : ceux-ci seront consommés par des poissons qu'il sera possible de venir pêcher à intervalles réguliers (CECCALDI, 1988).
"L'implantation de récifs génère des peuplements végétaux importants à la base d'une biomasse nouvelle, premiers maillons de toute chaîne alimentaire."
LAMARE & SIRE, 1986.


6. Recherche de sites possibles


6.1. Cartographie. (Cf. Annexe I p.25)


Nous disposons de cartes bathymétriques, d'une carte de navigation du SHOM et d'une carte d'état major de l'IGN.
Les cartes bathymétriques présentent le relief des fonds, et de ce fait sont essentielles dans les paramètres de choix du site. En effet on peut observer que le relief est très accidenté et donc que les zones répondant aux critères du paragraphe 3.3.2 sont rares. Le seul site qui semble favorable pour recevoir un récif artificiel est situé à 2 milles au Nord-Nord-Ouest de la commune de Bidart (64) couvrant un rayon de 1 mille. On y trouve des fonds de 10 à 35 mètres.
La carte de navigation montre qu'il s'agit d'une zone accessible ne présentant pas de dangers particuliers ni d'interdictions quelconques, puisqu'ils y seraient portés le cas échéant. Le port de Saint Jean de Luz - Ciboure accueillant la plus grosse partie de la flotte des pêcheurs côtiers de la Côte Basque, il semble qu'il est le premier exploitant potentiel d'un récif artificiel dans cette zone. Les lieux de pêche les plus communément exploités par cette flotte se situent aux accores de la fosse de Capbreton. La distance séparant le port du site étudié est donc très faible en comparaison, ce n'est pas ici un obstacle à la construction, l'exploitation ou le suivi scientifique.


6.2. Mer


Les courants que l'on peut rencontrer sur ce site, la houle qui l'affecte et la météo locale sont autant de facteurs à prendre en compte pour la viabilité de l'édifice.

6.2.1. Le courant
Une étude de courantologie est prévue, mais aucune donnée n'existe actuellement. On peut tout de même faire quelques remarques d'ordre générales :
La rivière Uhabia a son embouchure au niveau de la plage du même nom sur la commune de Bidart (64). Il est possible que l'on puisse percevoir sont influence sur le site choisi, elle peut même être à l'origine de cette étendue sableuse en pente douce.
Il existe un courant général dans le golfe de Gascogne qui longe la côte Landaise dans le sens Nord-Sud puis incurve sa trajectoire vers l'Ouest en rencontrant la Côte Basque pour longer ensuite la côte Espagnole.
La houle induit un courant de dérive en rencontrant côte, ce courant suit la trajectoire du courant général, mais localement (quelques centaines de mètres), il peut y être opposé.
Les vents génèrent des courants superficiels par leur action à la surface de la mer. Ainsi ils peuvent déplacer de grandes masses d'eau. Cela se traduit par des mouvements verticaux lorsque ces masses heurtent la côte ou s'en éloignent entraînant des variations de température. Durant la saison estivale on observe une majorité de jours avec du vent de Nord à Nord-Ouest, les couches superficielles de la mer le long du littoral se réchauffent (24°C en 1995) et voient leur épaisseur augmenter (Jusqu'à 3 mètres). Mais quelques jours de vent de terre (en général de secteur Sud) peuvent repousser ces masses chaudes causant la remonter de couches profondes en général plus froides (17°C jusqu'à 15 mètres de profondeur puis 11°C environ). Il faut ici bien retenir que des masses d'eau de température ou de salinité différente ne se mélangent pas car elles n'ont pas la même densité.
6.2.2. La houle
Mouvement ondulatoire qui agite la surface de la mer sans déferler.
T : Période en secondes.
L : Longueur d'onde en mètres.
A : Amplitude en mètres.
H : Hauteur en mètres.

Schéma 1 : Caractérisation de la houle.

La houle qui atteint les côtes ouest de la France est générée par les dépressions qui se creusent au milieu de l'Atlantique Nord. Les surfeurs le savent : une dépression significative située au sud de l'Islande est annonciatrice de "swell" (les anglicismes sont légion dans les sports de glisse). Ce "swell", autrement dit la houle, déferle lorsque la profondeur de la masse d'eau s'affaiblis. Deux problèmes peuvent alors être rencontrés:
Le déferlement rend la zone inaccessible à la navigation.
Sans même qu'il y ait déferlement, ce mouvement a une action érosive et destructrice en profondeur. Mais il est communément admis que la limite de cette action ne peut atteindre 20 mètres dans nos régions (BELLESSORT & MIGNIOT, 1987). Pourtant, au récif du Porto (Mimizan), Mlle De CASAMAJOR rapporte des destructions dues à la houle, alors qu'il est immergé par 25 mètres.
Les données concernant la houle viennent de mesures effectuées à l'embouchure de l'Adour (Bayonne), n'en possédant pas d'autres et considérant que la houle est comparable où que l'on se place sur la côte Basque, il est possible d'estimer qu'elles sont valables pour le site étudié.

Il est montré que la hauteur de houle maximale est de 27,8 m, mais n'a qu'une faible probabilité de se réalisée (houle centennale maximale, houle dont la durée dépasse 24h/100 ans).(CREOCEAN-IFREMER, 1995).
Les conditions généralement rencontrées montrent une houle de période variant de 8 à 16 secondes pouvant aller jusqu'à 20 secondes, et d'une amplitude maximale de 10 à 12 mètres.
Le déferlement sur le site est donc peu probable.

6.2.3. Le vent
On sait le vent responsable des courants superficiels, il l'est aussi de l'agitation que l'on nomme "le clapot". Il peut être impressionnant et confondu avec la houle lors de tempêtes. On ne peut pas connaître l'impact réel du vent sur le site, mais il ne peut gêner l'exploitation plus qu'à un autre endroit et ne peut faire sentir d'effets mécaniques graves à une telle profondeur. Les données sur ce paramètre ne sont donc citées ici qu'à titre indicatif.


6.3. Biologie


Monsieur AUGRIS de la station IFREMER de Plouzane (Finistère) a réalisé une étude d'une zone englobant le site qui nous préoccupe. Le but est de réaliser une carte morpho-sédimentaire, mais le financement de l'édition de cette carte n'a pas été réuni.
On l'a vu, ce type de relief est caractérisé par une macroflore presque inexistante du fait de l'absence de substrat apte à sa fixation, et donc d'une faune benthique et démersale peu diversifiée. Un lieu donc peu intéressant pour la pêche ou la plongée d'exploration.
Face au manque de données sur la nature exacte des fonds rencontrés dans cette zone, c'est par un questionnaire présenté à quelques pêcheurs du port de St Jean de Luz - Ciboure que nous pourront obtenir cette information, et se faire une idée des espèces présentes, car connaître la nature des fonds est d'une grande importance pour eux parce qu'ils utilisent des outils très sélectifs et ne peuvent le faire au hasard. Ils semblent donc être les plus à même de me renseigner sur le sujet.


6.4. Expérience de pêcheurs et de plongeurs


6.4.1. Quelques points techniques concernant la flotte considérée :
Elle est principalement attachée au port de Saint Jean de Luz - Ciboure.
Les engins utilisés sont : les filets, les palangres, les casiers.
Caractéristiques des bateaux utilisés dans le secteur dit des "petits métiers": Caractéristiques mesurées. Age
(en années) Longueur totale
(en mètres) Jauge brute
(en tonneaux) Puissance moteur
(en kW)
Valeurs moyennes. 16
(10) 11,6
(4,3) 17,9
(27,3) 149,4
(103,8)
Tableau 6 : Description technique du type de bateau utilisé par les valeurs moyennes observées (Données des affaires maritimes).
Entre parenthèses sont notés les écarts-types observés.
Les trois types d'engins qui nous intéressent ici sont : les filets maillants, les palangres, et les casiers. Ce sont des engins fixes ("engins dormants") qui sont en général mouillés au plus près des récifs.
Les espèces pêchées sont : Espèces Démersales Espèces benthiques
Merlu
Bar
Congre
Dorade royale
Marbre
Seiche
Encornet blanc
Rouget barbet
Sar commun Sole
Baudroie
Turbot
Tableau 7 : Espèces d'importance économiques pour le secteur des petits métiers.
Poids économique de cette flotte : Type d'engin Part des débarquements Part du chiffre d'affaires
Pélagiques
Classiques
Bolincheurs
Fileyeurs
Ligneurs 35,38 %
6,34 %
20,76 %
5,26 %
32,26 % 45,89 %
11,66 %
11,42 %
7,51 %
23,52 %
Tableau 8 : Part des débarquements et du chiffre d'affaires du port de St Jean de Luz - Ciboure par métier (HEGOKOA, 1994).
Sur un total de 4 millions de tonnes de poisson débarqués pour l'année 1994 au port de St Jean de Luz - Ciboure, les fileyeurs et les ligneurs affichent une part de plus de 1,7 tonnes soit environ 37,5 % des apports. Ces chiffres montrent l'importance économique de ce secteur pour la localité.

6.4.2. Précisions concernant les poissons.
On classe les poissons en trois grandes catégories selon le comportement de l'espèce ou des individus à un stade donné de son développement :
les poissons pélagiques : Ils vivent en zone pélagique, c'est à dire en pleine eau, et ne dépendent pas du fond pour leur subsistance (Thon, Anchois, Pélamide, Chinchard, Encornet, et autres).
les poissons démersaux : Ils vivent près du fond (Merlu, Bar, Congre, Dorade royale, Marbre, Seiche, Encornet, Rouget barbet, Sar commun).
les poissons benthiques : Ils vivent en étroite relation avec le fond où ils restent le plus souvent posés (Sole, Baudroie, Turbot).
(Remarque : sont cités ici les poissons d'importance économique dans les pêches locales).
Ce sont ces deux dernières catégories qui nous intéressent plus particulièrement, car ce sont eux qui peuvent constituer la population d'un récif et de ses abords. Pour des espèces qui ne vivent pas directement sur le récif, ce dernier est quand même un pourvoyeur de matière organique.

6.4.3. Résultats du questionnaire. (Questionnaire : Cf. Annexe IX p.42).
Après avoir interrogé l'équipage de six bateaux du port de St Jean de Luz - Ciboure, dont 4 fileyeurs et 2 ligneurs, nous pouvons avoir une idée plus précise quant à la nature des fonds et aux espèces pêchées sur le site considéré.
La nature du fond est assez diversifiée avec des zones sablo-vaseuses, sableuse et quelques rochers disposés en strates mais très dispersés et ne dépassant pas une hauteur de 2 à 3 mètres.
Les poissons pêchés sur cette zone sont surtout des espèces démersales et benthiques. Mais l'on peut remarquer que les pêcheurs interrogés utilisent des engins qui ne sont pas destinés à la pêche de poissons pélagiques. Les bolincheurs (filets tournants) peuvent tout aussi bien y trouver des anchois et des chinchard, espèces pélagiques. Pour les chalutiers de fond et pélagiques cette zone est interdite puisque située à moins de 3 milles de la côte.
Les plongeurs ne fréquentent pas ce lieu qui présente trop peu d'attrait pour eux, ils n'ont donc pas pu fournir de réponses satisfaisantes.
Une étude plus fine est peut-être nécessaire, mais ces résultats montrent que les fonds rencontrés sont de nature à accueillir un récif artificiel.


7. Impact espéré


7.1. Biologique


On fait ici l'hypothèse que la nature des fonds rencontrés est caractéristique d'une zone pauvre en biomasse, cela reste tout de même à vérifier. Mais en restant sur cette hypothèse, on peut être assuré que les modifications apportées par la mise en place d'un récif artificiel pourront augmenter la productivité du site.
Toujours en se plaçant sous cette même hypothèse, la faune représentative doit être composée de poissons de sable (Sole, Baudroie, Turbot). Sans les éliminer, un récif artificiel pourra développer d'autres espèces qui ont elles aussi une grande importance pour la pêche locale. Plusieurs expériences ont déjà montré le bénéfice lié à la diversification de la biomasse obtenue par l'installation de récifs artificiels. On admet que cette diversification n'est pas réalisée au détriment de la population présente au départ. Cette population, donc des poissons benthiques vivant sur des fonds sableux, perd une partie de sont territoire pour bénéficier des nutriments dont le courant se charge au voisinage du récif.
Les espèces qu'il est possible de voir se développer sur le site sont donc : Merlu, Bar, Congre, Dorade royale, Marbre, Seiche, Encornet blanc, Rouget barbet, Sar commun, et d'autres qui sont toutes des espèces d'importance économique pour la pêche locale. Il n'est bien sur pas possible de chiffrer l'augmentation puisqu'il n'existe pas de modèle de prédiction fiable.


7.2. Socio-économique


Les difficultés actuelles de la pêche ont plusieurs origines dont la baisse des prix à la vente et la dégradation de la ressource. La surexploitation est un facteur de cette dégradation, mais d'autres facteurs mal déterminés font fluctuer les effectifs dans les populations exploitées.
Les récifs artificiels sont peut-être une solution à ces problèmes, car on l'a vu ils ont une productivité spécifique supérieure aux récifs naturels et supporteraient peut être une exploitation plus importante.
Reste à savoir si l'on désire se doter de moyens suffisants pour obtenir des résultats significatifs, car la Côte Basque est naturellement très rocheuse, c'est d'ailleurs pour cette raison qu'on y rencontre les plus importants ports de pêche de la zone Sud Gascogne. Dans ces conditions le projet doit être de grande envergure pour qu'un résultat puisse s'observer. Un aménagement timide n'aurait que peu d'impact, il serait noyé dans la masse, il ne pourrait faire la différence avec les nombreux récifs existant sur cette côte.
La pêche est le seul secteur qui reste fonctionne sur un système de production datant de la préhistoire, car il ne s'agit que de cueillette. La mise en place d'un récif artificiel revient à semer avant de récolter, ce qui représenterait une mutation radicale dans la manière d'envisager la gestion des pêches.



Conclusion


Ce document vous a donc exposé les objectifs poursuivis par les promoteurs de récifs artificiels. Le but premier est de créer un nouvel écosystème plus productif donnant naissance à une biomasse riche et diversifiée. C'est ensuite le type d'exploitation envisagé qui peut varier : modèle pour l'étude scientifique (colonisation d'un milieu neuf, réseau trophique, etc.), protection d'une richesse naturelle, zone de pêche, site de loisir, ou tout à la fois. Ce sont divers exemples observables de par le monde.
Mais afin de parvenir à un tel résultat, certaines règles nous guident dans la conception du projet.
Le choix du site tout d'abord qui est guidé par : des paramètres morpho-sédimentaires (un fond sableux et en pente douce), les conditions physico-chimiques et biologiques du milieu (elles doivent êtres compatibles avec la vie des populations aquatiques), la situation géographique (proximité d'un port afin de faciliter les opérations sur le site), les conditions météorologiques et maritimes (qui doivent permettre la navigation et le maintient des structures immergées).
La nature des matériaux utilisés dépend des moyens engagés dans la réalisation du projet. Les matériaux de récupération tels que les carcasses de véhicules divers, les épaves de navires, les pneumatiques, les poutres de chemins de fer, etc., sont tous des matériaux accessibles à bas prix, mais leurs inconvénients principaux sont leur faible durée de vie en milieu marin, la possibilité de relargage de polluants, et l'impossibilité qu'ils présentent de réaliser une architecture réfléchie et adaptée.
Le béton n'amène pas ce type d'inconvénients, il est par contre d'un coût bien supérieur, et n'est donc pas accessible à tous.
L'architecture du récif conditionne aussi sa productivité. Elle doit être réfléchie de manière à s'adapter au mieux à la faune et à la flore que l'on espère développer. Au Japon productivités spécifiques (par unité de volume immergé) d'environ 9 à 2à kg/m3/an ont pu être observées, ce qui constitue des résultats supérieurs aux valeurs observées dans la nature. Ceci peut être expliqué justement par la différence d'architecture, les récifs artificiels ne peuvent rivaliser en taille avec leurs homologues naturels, mais comportant plus de vides et de caches que ces derniers, ils accueillent une plus grande densité d'organismes marins.
Ce cadre fixé nous permet d'étudier la possibilité de réaliser un récif artificiel sur la côte Basque.
Une première étude topologique nous informe que le relief des fonds de ce littoral est très accidenté, et que le seul site qui semble favorable pour recevoir un récif artificiel est situé à 2 milles au Nord-Nord-Ouest de la commune de Bidart (64) couvrant un rayon de 1 mille. On y trouve des fonds de 10 à 35 mètres.
Par la suite nous avons pu vérifier que la situation géographique (proximité du port de St Jean de Luz - Ciboure), et les conditions météorologiques et maritimes (c'est une zone navigable), entraient dans le cadre défini dans la première partie, bien qu'un doute subsiste quant à la résistance du récif face aux tempêtes et à la houle violente qu'il n'est pas rare de rencontrer dans le golfe de Gascogne.
Face à un manque de données concernant la nature des fonds rencontrés, un questionnaire a été réalisé et soumis à des pêcheurs qui nous a montré qu'il s'agissait bien de fonds en majorité sableux.
Cette zone semble donc bien être apte à recevoir un récif artificiel, mais certains points n'ont pas pu être éclaircis qui demanderont une étude plus approfondie. Par des observations et des mesures sur le site nous pourrons améliorer notre connaissance du contexte biologique, de la nature du fond, et des conditions physico-chimiques.



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